Arrêt des neuroleptiques et risque de rechute : un témoignage personnel
Quand j’ai arrêté mon traitement : descente dans le délire et retour à l’hôpital (2019–2020)
Un choix volontaire
En 2019, j’ai pris une décision qui allait bouleverser mon équilibre : j’ai arrêté volontairement mon traitement neuroleptique.
À ce moment-là, je pensais reprendre le contrôle. Je voulais me prouver que je pouvais tenir sans médicament. Je voulais retrouver une sensation de liberté, de clarté, peut-être même une version plus « authentique » de moi-même.
Mais la réalité de la schizophrénie est plus complexe que la volonté seule.
La dérive progressive
Au début, rien de spectaculaire. Puis progressivement :
- Les pensées se sont accélérées.
- Les interprétations sont devenues envahissantes.
- Le monde extérieur a commencé à prendre une dimension menaçante.
Je me suis retrouvé dans un état délirant profond.
Je vivais comme un fugitif. Comme si une hospitalisation était une menace à laquelle je devais échapper à tout prix. Chaque signe extérieur pouvait être interprété comme une tentative de contrôle ou de capture.
Le délire ne prévient pas. Il s’installe doucement… jusqu’à devenir la seule réalité crédible.
Le contexte du COVID-19
Nous étions en période de couvre-feu, pendant la pandémie de COVID-19.
Les rues étaient vides. La tension sociale était palpable. Les contrôles policiers étaient fréquents.
Dans cet état psychique fragile, le contexte extérieur renforçait la sensation de traque.
Le contrôle de police
Un soir, lors d’un contrôle de police durant le couvre-feu, la situation a basculé.
Au lieu d’une confrontation violente ou dramatique, il s’est produit quelque chose d’important : j’ai été conduit calmement vers l’hôpital psychiatrique.
Avec le recul, je peux dire que ce moment a marqué un tournant.
Ce qui, dans mon délire, représentait une capture, était en réalité une protection.
Comprendre après coup
Arrêter un traitement neuroleptique sans accompagnement médical est un facteur de rechute bien documenté en psychiatrie. Les études montrent que le risque de décompensation augmente fortement dans les mois qui suivent l’arrêt.
Quand on est stabilisé, on peut avoir l’illusion d’être « guéri ». Mais la stabilisation est souvent le fruit du traitement lui-même.
La rechute ne signifie pas faiblesse. Elle signifie que la maladie est toujours là.
Ce que j’ai appris
- La volonté seule ne suffit pas face à une pathologie psychiatrique chronique.
- Le traitement est un outil de stabilité, pas une prison.
- La rechute peut être évitée avec un accompagnement médical progressif.
- Même dans un moment de délire intense, une issue apaisée est possible.
Message à ceux qui envisagent d’arrêter leur traitement
Je ne donne pas de leçon. Je partage une expérience.
Si vous envisagez d’arrêter un traitement neuroleptique :
- Parlez-en à votre psychiatre.
- N’arrêtez jamais brutalement.
- Prévoyez un suivi rapproché.
- Informez un proche de confiance.
La liberté ne consiste pas à nier la maladie. Elle consiste à apprendre à vivre avec elle intelligemment.


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